L’Amérique du Nord est un marché plus jeune, plus dynamique mais surtout plus ouvert que la France. En revanche, les différences de culture sont importantes avec l’Europe, notamment au niveau professionnel. Je vous propose un petit guide concret pour vous aider dans votre recherche d’emploi, si l’envie vous prend un jour de venir ici.

REDIGER VOTRE CV CANADIEN ET PROFIL LINKEDIN

Première étape avant toute recherche, vous vous devez d’avoir une feuille d’identité qui vous représente et décrit vos compétences et expériences. Travaillant dans le domaine du web, il est inconcevable de ne pas avoir de profil Linkedin au Québec. La plupart des recruteurs que j’ai rencontré imprimaient mon profil linkedin en anglais/français et se basaient dessus lors des entretiens.

Quant au CV, il diffère de la France. Pensez à faire ressortir votre profil psychologique. Les canadiens attachent beaucoup d’attention au savoir-être, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Pensez aussi à traduire vos intitulés de diplômes. Par exemple, un « bts informatique de gestion » s’appelle ici un « baccalauréat en informatique« .

Enfin, et c’est sans doute le plus gros changement à faire, vous devez détailler au maximum vos expériences professionnelles. Soyez clair dans les postes occupés et écrivez clairement ce que vous avez fait et qu’est-ce que cela a apporté à l’entreprise. Soyez précis. L’objectif n’est pas de faire tenir votre CV en une page mais de permettre au recruteur de voir tout ce que vous avez fait, et si possible de le voir en ligne. L’entretien est ainsi généralement plus court qu’en France (30 min maximum).

AVOIR LE SENS DE L’INITIATIVE ET LE CONTACT FACILE

Partez à la pêche aux entreprises de votre domaine. Appelez-les, présentez-vous, demandez à parler aux bonnes personnes. Ne soyez pas timide. Faites chauffer votre boîte mail et votre téléphone. Si l’entreprise n’est pas loin de chez vous, allez-y carrément et demandez à rencontrer un responsable web ou des ressources humaines. Ce genre de prise d’initiative est bien vu ici, à condition de faire preuve de politesse et d’humilité. On ne peut pas vous recevoir ? Pas grave, laissez votre CV, patientez quelques jours et relancez-les. Du travail, il y en a au Canada et le web ne fait pas exception. Cependant, seulement 20% des offres sont en ligne… Pour les sites d’offres, 4 sont performants pour la recherche d’emploi dans le domaine du web : Espresso-Jobs, InfopresseJobs, Isarta, Jobboom ou encore Workopolis (mais c’est un peu l’usine ce site).

Autre chose : réseautez, réseautez un max ! Vous êtes nouveau ici je vous signale, il faut tout reconstruire. Participez aux événements web professionnels comme les soirées Linkedin, Yulbiz, Identity Camp ou encore Webcom. Une fois sur place, allez parler avec les gens, présentez-vous et après ça se fait tout seul.. Au Québec, on ne perd pas de temps avec les « rhoo, je sais pas, tu es sur que je peux lui parler ? ». Ici, c’est naturel et de toute façon, tout le monde est la pour faire affaires… Donc non, vous ne serez pas le boulet de la soirée. Bien entendu, à vous d’être sociable avec vos interlocuteurs. Et à la fin, laissez votre carte de visite.

Dernier point important : si vous travaillez dans un domaine spécifique (exemple : SEO), renseignez-vous sur l’état du marché professionnel dans votre ville, sur la maturité du métier, etc… Le Canada a du retard en matière de web par rapport aux États-Unis et la France, attendez-vous alors à voir qu’il y a moins d’offres que vous ne le pensiez. Parfois, dans certains domaines, la plupart des professionnels travaillent à leur compte, alors qu’en France, pour le même métier, de nombreuses agences existent… Veillez à bien analyser ce genre de nuances, ça vous aidera dans vos recherches.

TENIR UNE FEUILLE DE SUIVI DE RECHERCHES

Forcément, à force de courir à gauche à droite, passer des entrevues informelles ou formelles, il faut s’en souvenir. Tenez une feuille Excel (ou équivalent) avec les infos suivantes :

Société / Nom du contact / Adresse / Tel / Mail / URL du site / Date du 1er contact / Relance le / Réponse / Poste / Rémunération

Rien ne vous empêche d’ajouter quelques critères supplémentaires. Pour ma part, j’attache de l’importance à la distance, la notoriété de l’entreprise, l’ambiance et la rémunération. Peut-être que vos critères sont différents. Quoiqu’il en soit, c’est un bon moyen de mesurer l’évolution de vos recherches. Et comme le monde du web est petit (notamment à Montréal), ça vous évitera de contacter 2 fois la même personne :).

SAVOIR SE VENDRE A L’ENTRETIEN

Durant l’entretien, le recruteur va prendre le temps de cerner votre savoir-être, votre capacité à gérer les conflits dans un projet et enfin vos motivations. Pourquoi le Canada ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce poste ? Il correspond à votre profil ? Tant mieux. Mais est-ce que ce poste vous fait rêver vous ? Bref, pas mal de questions autour de qui vous êtes et ce que vous voulez vraiment. En revanche, on ne vous fera pas répéter votre CV. Pensez aussi à avoir avec vous les coordonnées de vos anciens supérieurs. Les canadiens aiment pouvoir contacter vos anciennes références… Si tout s’est bien passé pour vous avec vos précédents employeurs, pas de souci à vous faire. Dans le cas contraire, il faudra assumer et jouer la transparence.

Au bout de quelques minutes, l’entretien se fera probablement dans la langue de Shakespeare. Vous ne parlez pas l’anglais ? Dommage, on risque de vous refuser un bon 80% des offres d’emploi dans le web. Ici, parler l’anglais est primordial. Sans être forcément bilingue, vous devez avoir un anglais fonctionnel, à l’écrit comme à l’oral. Si votre anglais est juste « rouillé », faites comme moi : sortez, participez à des Meetup pour parler anglais et pourquoi pas vous faire de nouveaux potes, écoutez de l’anglais chaque jour (vive les podcasts), regardez vos séries en anglais (sans sous-titres). Si vous avez un café anglophone non loin de chez vous, allez-y régulièrement et tapez la discute avec vos voisins… Croyez-moi, ça marche :). Au Canada, le premier contact avec une personne est très simple. Pas de prise de tête, tout se fait naturellement…

ÊTRE SOUPLE, PATIENT ET RESTER HUMBLE

Lors des entretiens, vous devez être capable de vous vendre, montrer que vous savez occuper les responsabilités dédiées à cet emploi web. Vous savez faire plus ou pouvez apporter une pierre supplémentaire pour dynamiser le pôle web dans l’entreprise ? N’hésitez pas à le signaler. En revanche, vous risquez d’être étonné sur les postes proposés. Si la France recherche bien souvent des moutons à 5 pattes, la donne est différente au Québec. Certes, il est toujours bien vu d’être un expert dans plusieurs domaines mais la plupart des entreprises segmentent énormément leur tâche ici… Attention, ça peut fortement vous surprendre au début !

Attention à ne pas non plus monter sur vos grands chevaux. Si le mythe du « maudit français » a quasiment disparu ici, ne faites pas non plus en sorte de le ressusciter.

Pensez également à être souple dans vos demandes. Le web est un domaine vaste et avec de l’expérience, on a l’occasion de toucher souvent à pas mal de choses. Vous voulez faire de l’intégration web mais à ce jour on vous propose de faire de l’ergonomie ? Vous en êtes capable ? Rien ne vous empêche d’accepter, en attendant de trouver un métier qui correspond plus précisément à votre demande. N’oubliez pas qu’ici, c’est très facile de changer d’emploi. On peut quitter rapidement son emploi pour en démarrer un autre… Les « 3 mois de préavis », ça n’existe pas au Canada. Attention cependant, qui dit démission facile dit aussi licenciement expéditif…

Pour terminer, je vous conseille fortement de savoir à quoi correspond l’intitulé de votre métier au Canada. En effet, malgré des noms de postes identiques, les différences existent bien entre la France et l’Amérique du Nord. « Chef de projet web » en France ≠ « chef de projet web » au Canada. Pareil pour le métier de SEM. Ici, ça ne signifie pas la même chose du tout qu’en France !

CONCLUSION

Toutes les démarches évoquées ci-dessus m’ont aidées à m’intégrer dans le monde professionnel canadien et à trouver un emploi dans mon domaine. Cela m’a également permis de commencer à me créer un solide réseau professionnel. Si vous aussi, pros du web, avez quitté la France pour le Canada et souhaitez apporter une remarque complémentaire, n’hésitez pas.

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