Si vous me lisez, vous savez que nous sommes revenus vivre au Canada à la fin de l’été 2025, et plus exactement à Montréal. Parmi la montagne de choses à faire post-déménagement, inscrire le petit à l’école maternelle était au programme.
J’en profite pour faire un petit rappel sur la loi 101 qui sera citée à plusieurs reprises dans ce post. La loi 101 (Charte de la langue française) adoptée en 1977, est la pierre angulaire de la politique linguistique au Québec. Elle fait du français la langue officielle de l’État, des tribunaux, du travail, du commerce et de l’enseignement. Elle vise à assurer la pérennité du français, notamment par la francisation des entreprises et la limitation de l’accès à l’école anglophone.
L’école publique anglaise au Québec.
Mon petit gars étant né aux US, même s’il entend le français et l’anglais à la maison, les différentes garderies communiquaient avec lui dans la langue de Shakespeare quand on habitait au pays de l’Oncle Sam. Sachant que ma femme n’est pas francophone, nous souhaitions donc le mettre à l’école publique anglophone de Montreal pour la prochaine rentrée. On prend rendez-vous avec celle du quartier, on accroche bien avec la directrice et les profs qu’on rencontre, tout cela sent très bon.
Malheureusement, nos espoirs se sont vite envolés. Nous pensions qu’avoir un des deux parents non-francophones et un enfant né aux Etat-Unis était suffisant… Et non. En plus de ces deux conditions, il faut que l’un des deux parents aie étudié l’anglais au Canada pendant un certain temps (en années). Sachant que ma conjointe et moi avons émigré au Québec après nos études, ça ne fonctionnait pas. Le fait d’être citoyen ne change rien (c’est d’ailleurs plus facile pour les parents qui ont un permis temporaire).
Je trouve cette situation totalement stupide. Certes, la première langue officielle au Québec est le français (et nous souhaitons bien sûr que notre fils l’apprenne correctement), mais question intégration et flexibilité, c’est quand même du gros n’importe quoi… Mais attendez, ce n’est que le début.
L’école publique française comme unique choix ?
Après en avoir discuté directement avec la comission scolaire, aucune possibilité de faire une exception à cause de cette loi 101. Nous nous tournons donc vers l’ecole publique francophone. Par chance, celle qui est associée à notre quartier a bonne réputation.
On refait la même : prise de rendez-vous, rencontre avec la directrice et quelques profs. Déjà, on était moins convaincus, il y avait un petit quelque chose qui faisait qu’on accrochait pas tant que ça, mais l’ensemble semblait tout de même sérieux, du coup on se dit OK : et puis bon, 5 minutes de marche, c’est parfait… Sauf que !
Et oui, une fois de plus, tout n’est pas si simple. Après avoir découvert que le petit était né aux US, la directrice nous demande s’il parle français. Il le comprend parfaitement mais il s’exprime majoritairement en anglais vu qu’il est entouré d’anglophones. Et là, la situation prend une proportion à laquelle je ne m’attendais pas : “il doit passer un test de français”.
Au début silence, je souris et je demande de répéter : la directrice me confirme qu’il doit passer un test de français pour voir s’il est eligible à l’ecole publique francaise. Je tombe des nues. Il est âgé de 4 ans et en aura 5 à la rentrée ! Elle commence alors à nous expliquer que c’est la loi 101 qui oblige à tester l’enfant. Le test est en fait une discussion de 10 minutes avec une institutrice qui va lui poser des questions en français très basiques. J’hallucine car je trouve l’ensemble totalement ridicule, sachant que le programme à cet âge n’est pas super avancé…
Je demande du coup ce qu’il se passe s’il rate le test de français. Apparemment, les enfants qui “échouent” vont dans une école d’intégration pendant quelques mois pour ensuite pouvoir intégrer l’école publique francophone.
J’ai l’impression de nager dans un non-sens total. Les enfants à cet âge sont très sensibles au changement et bouger de Boston à Montréal a été quelque chose pour lui. Bien sûr, il s’est fait de nouveaux amis rapidement, mais ses anciens amis lui manquent. Entendre que tu mets ton enfant dans une école d’integration pendant quelques temps puis qu’ensuite il est catapulté dans une autre école donne un sentiment de non-responsabilité totale de la part de la comission scolaire. J’ai eu l’impression que mon fils était perçu comme un paria, ce qui me semble inacceptable.
Les jours passent, on prend rendez-vous pour ce “fameux test” en mettant le bambin bien à l’aise. Aucun stress. Il s’asseoit, une institutrice est en face de lui (dans un grand open space). Elle lui montre un dessin et lui pose quelques questions du genre “c’est quoi ça, de quelle couleur est la maison, peux-tu me situer le papillon”, etc..
Il comprend tout mais répond avec des phrases construites à 80% en anglais, ce qui est normal ! A un moment, il plaisante en indiquant deliberemment le mauvais animal mais on voyait bien qu’il plaisantait (pour lui montrer ensuite le bon dessin). Résultat : il a échoué… Je regarde l’institutricem je lui dis qu’il a tout compris et que ces réponses étaient un mix d’anglais et français, rien à faire. Dans le genre ridicule, on atteint un nouveau sommet. J’ai beau lui montrer l’évaluation de la garderie qui nous certifie que le petit comprend parfaitement le français et s’exprime aussi en français avec ses ami(e)s, la décision est ferme.
Se diriger vers le privé
A ce stade, nous sommes evidemment assez frustrés par la situation. Le petit n’est eligible pour aucune des deux écoles publiques… Fun. On ne souhaite vraiment pas le perturber en le balançant d’un établissement à l’autre alors qu’il comprend parfaitement la langue (et qu’à 5 ans, c’est très simple pour un enfant de s’ajuster).
On poursuit les recherches, on se renseigne et on découvre que le privé n’est en aucun cas obligé de suivre cette loi 101 imposée partout… Ô joie ! A la place, ce sont davantage des formulaires et des rencontres avec les parents qui déterminent si l’établissement serait un bon fit pour l’enfant : là tout de suite, ça me parle davantage et on sort le nez de la bureaucratie rigide québecoise (moi qui pensait qu’il n’était pas possible de faire pire qu’en France).
Bien entendu, qui dit privé dit payant, mais au Canada, on est très loin des sommes astronomiques des Etats-Unis donc ça peut le faire. Et au final, c’est ce qui s’est passé. Nous sommes ravis de l’établissement trouvé.
Je comprends parfaitement les enjeux de la loi 101 pour les québecois et la nécessité d’avoir une telle loi dans un pays bilingue ou l’anglais domine. Le problème, c’est le manque de flexibilité pour les très jeunes qui ne parlent pas la langue de Molière. En tant que parent, je souhaite bien sûr que mon fils parle et écrive le français, mais cette rigidité au niveau de l’intégration est si intense qu’au final, la compréhension de la langue sonne comme un fardeau et représente une excuse pour exclure certaines personnes.
Le petit mot de la fin
Je pense que le gouvernement québecois devrait être fier d’avoir de nouveaux citoyens qui souhaitent vivre dans la province et apprendre le français. Au lieu de ça, j’ai eu l’impression que mon fils s’est retrouvé dans un système fermé, obsédé par la langue sans tenir compte de l’intégration de l’enfant, ce qui me semble vraiment pas convenable.
Je doute que cette loi change dans un futur proche et éloigné mais j’espère que les policiticiens québecois arriveront un jour à mettre de l’assouplissement dans les règles d’intégration des jeunes enfants nés à l’étranger, sachant que les parents sont alignés sur l’apprentissage du français. Le parler et l’écrire pour vivre au Québec ? Oui, mais de là à nous enfoncer la langue dans le gosier sans réfléchir, ce n’est vraiment pas un comportement mature pour la province et ça risque de repousser des individus talentueux qui iront s’installer dans une autre province.